
D’habitude, au Dirty, on est plutôt des gars du secret. Genre on lance une interview sans rien dire, comme si tout était normal. Là je dois reconnaître qu’avec AKH et FAF, on a eu du mal à rester sereins. Pour tout vous dire, quand on a pris la voiture avec Waxeb, notre fidèle photographe, pour l’Aéronef, qui accueillait la tournée We Luv New-York, j’ai eu une petite boule au ventre qui s’est installée. On a pourtant pris l’habitude de voir pas mal de grands noms au fil des années, collaborant même avec de sérieuses pointures, mais là, voir un mec qui m’a fait bougé quand j’avais 7 ans me tendre la main, et me saluer par mon prénom, ça m’a quelque peu dérouté. Et pourtant, il n’y avait pas de quoi, AKH et Faf sont des symboles de simplicité, et ils ont pris un malin plaisir à répondre à notre interview sans langue de bois, nous livrant du début à la fin anecdotes, scoops, et vannes.
DR. JEKYLL :
New-York :
AKH : New York aujourd’hui, ça ressemble un peu à la ville que j’ai connu dans les années 80. Pour résumer en quelques mots, c’est une ville qui est pour moi un échantillon du monde. C’est la ville monde par excellence. C’est un ville où on sent que tout peut arriver, en bien comme en mal. Mais pour parler du « bien », j’ai toujours le sentiment qu’à chaque fois que j’y vais, quand je reviens en France, j’ai plein d’idées. Et puis quand je reviens, je reste 3 semaines en France, et je réalise que mes idées ne sont pas toutes réalisables (rires). C’est ce que j’adore à New-York, c’est un foisonnement d’idées : on sent que c’est possible.
FAF : C’est une ville qui pousse en fait, une ville qui booste. Après, on a un attachement particulier à New-York parce que c’est le berceau du rap, le rap est né à New-York, dans le Bronx, et nous on a découvert cette musique en même temps que cette ville. Depuis tous gamins on y est attachés.
TOP 5 artistes New-Yorkais : (ils répondent ensemble à la question)
AKH : De tous les temps ? All-time artist ? Moi je mettrais Rakim, Kool G Rap, Nas aussi…
FAF : Dans le désordre hein, Kool G Rap aussi… Run DMC, non vraiment c’est pas possible, c’est dur ta question (rires). Public Enemy aussi, qui a bien fait avancer les choses. En plus actuel, je mettrais Jay-Z parce qu’il a une belle carrière, et il est toujours là !
AKH présenté par Faf :
AKH : ça va être un massacre (rires).
FAF : Ici on a Akhenaton, qui est MC, Beatmaker, producteur…
AKH (le coupe en riant) : Rémi Bricard ! Mais merde c’est Rémi Bricard, « il lâche des colombes, il fait apparaitre des lapins…» (rires).
Faf (reprend) : Non vraiment il fait tout, c’est quelqu’un qui est dans le rap depuis… depuis quand déjà ? (rires), (AKH précise qu’il a commencé en 84), voilà donc 27 ans, ça fait presque trente ans ! Après, c’est mon ami, un grand monsieur.
Faf présenté par AKH :
AKH : Moi aussi, c’est mon ami avant tout. C’est à travers le rap qu’on s’est rencontrés, mais on a vite construit une relation d’amitié. C’est un mec qui est passionné de musique. Il est dans la pièce à côté de moi au studio, et je peux dire qu’il y passe de nombreuses heures par jour et tous les jours. C’est donc quelqu’un qui travaille, pas nécessairement que quand il y a des projets d’ailleurs. Il fait de la musique pour lui, pour s’entretenir, parce que quand on fait de la prod, quand on est beatmaker, on perd très vite tous les réflexes, et je pense que c’est un travail de fond tous les jours. Il aime faire ça, c’est un passionné, qui va au bout de ses projets et qui est très méticuleux.
Vos Projets :
FAF : on a des projets dans We Luv New-York déjà, c’est à dire qu’on a pas fini. Là on a fini le clip de Je Danse Pas, qui vient de sortir (vous pouvez y jeter un œil ici). On a aussi sur Me Label un autre projet : on a été à Hong-Kong y a pas longtemps avec IAM, on a fait un concert We Luv New-York, et on a écrit un morceau à l’initiative de Chill. Un morceau exprès pour ce voyage là. Et on a clippé, enfin on a pris plein d’images.
AKH (complète) : on a clippé dans les rues de Hong-Kong, avec de la musique Chinoise, devant les temples… C’est une super ville. Tu devrais visiter !
FAF (reprend) : on a plein de concerts qui arrivent, plein d’idées qui ne sont pas forcément encore muries, mais on a des projets plein la tête.
AKH : Faf va aussi collaborer sur le projet d’album concept d’IAM. On peut pas trop en parler pour l’instant, mais Faf sera dessus en tant que beatmaker. C’est un peu un scoop qu’on vous donne là (rires).
Rituel avant de monter sur scène :
AKH : Ouais, on fait toujours une prière tous ensemble, même si on est tous de confessions différentes, il y a des musulmans, des chrétiens… Mais finalement c’est pas un acte religieux, c’est un acte de rassemblement. On se concentre, on se répète de prendre du plaisir, de jouer pour nous, presque tous les soirs (Faf : « on partage l’énergie »).
Il faut être un peu égoïste quand on fait un concert, il faut penser à notre plaisir en premier. Si tu commences à psychoter, à te dire, « et s’il y a une platine qui lâche », c’est pas bon. Tu vois par exemple, au Divan du Monde à Paris, on est monté sur scènes avec que des pannes à répétition, et au bout d’un moment, tu ne dois pas montrer que ça te soule ou que ça te fait flipper. Et pour pas le montrer, je pense que quand tu te mets dans l’optique de te faire plaisir, forcément, les gens le ressentent. On a souvent le sourire sur scène, à part quand ça se passe vraiment pas bien sur un plan technique. En général, on a un public très éclectique, très varié, et pas agressif du tout.
Les seuls problèmes qu’on peut rencontrer sont vraiment d’ordre technique. Bon des fois c’est chiant, ça déconne, une fois on a eu un retour de basse sur scène tellement fort qu’il faisait chuter le BPM (le tempo, NDLR) des morceaux sur le logiciel Serato donc on avait l’impression de rapper au ralenti. Du coup on a joué en « interne » (sans utiliser les vinyles, NDLR)… Et le DJ se faisait chier (précise Faf), il a fait le mange-disque (rires).
FAF : Mais honnêtement, ces problèmes restent rares. Sur toutes les dates qu’on a fait, on s’est éclatés, c’est pour ça que c’est important d’être tous dans le même bon état d’esprit. On est des potes avant tout, alors on s’éclate en faisant de la musique et c’est tout.

MR. HYDE :
Votre première pensée en vous levant le matin :
AKH : Moi j’en ai deux. Ça dépend des matins. Il y a des matins où je peux me réveiller de bonne humeur. Je me lève à 6h30 tous les jours parce que j’ai des enfants et il faut que je les emmène à l’école. Donc il y a des matins c’est cool, je me dis « Merci mon Dieu pour cette journée » parce que de manière générale, je suis très positif dans la vie, j’essaie de prendre ce qu’il y a de bon dans chaque instant. Je me plains rarement. MAIS, les rares jours ou je me plains, c’est « Putain fait chier l’école » (rires). J’ai cru y avoir échappé à une certaine époque, et j’ai l’impression de redémarrer l’école. Ils font chier : je me plains sur l’emploi du temps de mes gamins en fait (rires). En fait, je ne dors pas beaucoup, et je me réveille tôt. La plupart du temps ça passe, mais il suffit que 2, 3 week-ends je bosse, soit 3 semaines un mois sans vrai nuit de récupération, pour que je commence à être de mauvais poil. Et au bout d’un moment les 4-5 heures de sommeil font mal. Du coup je vais me lever, et je vais insulter les maths à 8h, où le français, l’anglais… C’est vraiment les deux solutions.
FAF : Moi en général le matin, je ne me lève pas de suite. Je me réveille, je reste au lit, et je me garde un laps de temps pour faire ma journée dans ma tête. J’aime pas me lever sans savoir ce que je veux faire. (Je me risque à demander si, quand il n’a rien à faire, il reste au lit).
AKH rétorque en riant : A la limite, si t’as rien à faire, viens à 7h chez moi et emmène mes gamins à l’école.
FAF : Non, mais j’essaye toujours de me trouver des buts dans la journée. Ca peut être des trucs à la con tu vois. Je sais pas moi… Aller faire des courses, ou « ah tel instru, il faut que je la travaille comme-ci , ou tel texte, je vais l’écrire comme-ça». Il faut que j’ai des objectifs dans la journée, voilà.

Vous élèves :
AKH : J’étais très bon élève, mais je détestais ça. Donc ce qui a fait que ça me fatiguait. J’ai fini en terminale avec 62 micro-absences en deux trimestres, et moi j’étais dehors. J’ai passé le bac en candidat libre et je l’ai eu. Je suis allé voir les profs, je leur ai dit « tiens, le troisième trimestre je l’ai appris dans les livres, j’ai pas besoin de vous. Allez, fichez-moi le camp de là ! » (rires). Après je suis parti à New-York et j’ai fait du rap. J’ai aussi commencé à faire un Deug de sciences, spécialisé en biologie et géologie. Ouais, j’étais bon à l’école, mais j’aimais pas. J’avais des facilités, heureusement d’ailleurs. J’arrivais à apprendre les leçons en cours. D’ailleurs en cours, je ne déconnais pas trop. Comme je suis timide, je n’aimais pas trop me faire remarquer, donc j’écoutais bien les cours. Par contre à la maison, j’ai jamais fait un devoir, j’ai jamais relu un livre (rires). Hey mais ça d’ailleurs, il ne faut surtout que mes enfants le lisent (rires).
FAF : moi j’étais plutôt dissipé, c’était un peu la rigolade tout le temps. J’étais un élève moyen ni l’élève mauvais, ni l’excellent (AKH lance en se marrant « T’étais meilleur que ton frère à l’école !). Ca dépendait des matières, des profs, de l’équipe que j’avais autour de moi. Mon défaut, c’était la rigolade. Je me rappelle d’une année, mon année de seconde, où c’était qu’une succession de conneries. Je suis tombé dans une classe où il y avait que des cassos dedans, c’était du n’importe quoi. Je pense que c’était une des meilleures années (rires). On était pas méchants hein, c’était des conneries. Du genre mettre un gros pétard sous la chaise du prof, des trucs idiots… Sinon, on avait choppé le double des clefs, et on avait empilé toutes les chaises et les tables comme une pyramide dans la salle de classe. C’était la énième connerie, et ce jour là, la prof a pleuré, elle a vu tout le truc jusqu’en haut, et elle a craqué. La pauvre…
AKH : D’ailleurs, c’est vrai que quand on voit maintenant ce qui passe dans les écoles, on hallucine de l’agressivité. On était vraiment pas agressifs, ça restait bon enfant. Et pourtant je te prie de croire qu’on était dans des collèges particulièrement difficiles. On faisait des conneries, mais c’était jamais méchant. Genre en Français on avait découvert qu’il y avait une trappe qui menait dans les égouts, et on était tous sortis un par un du cours de français par les égouts. Véridique (rires).
Dans la peau d’un homme pendant 24h :
AKH : Très difficile… Moi j’admire les gens qui ont voué leur existence aux autres. Ce sont des grands personnages. Je ne pourrais jamais être comme eux, j’ai trop de difficulté, je suis trop impulsif. Je respecte tous ces gens comme l’Abbé Pierre, Ghandi, ou des femmes, comme Sœur Theresa. Pour moi, c’est des gens qui ont une autre dimension. Ils ont effacé leur vie pour la consacrer aux autres. Je les admire profondément, surtout parce que je sais que je n’aurais pas la force d’être comme eux. Je peux être effacé, mais je suis plus misanthrope qu’eux. Au bout d’un moment, quand les gens me gonflent, je leur dis. Bon allez, 24h j’y arriverais peut-être. D’ailleurs, tu vois, des fois on fait des journées avec des enfants malades à travers des associations. C’est bizarre, c’est un mélange de gros don, et de grosse recharge d’énergie. Alors quand je pense aux hommes tels que l’Abbé Pierre, Sour Theresa et consorts, je me dis qu’ils ont du ressentir des tempêtes d’émotion, parce qu’ils sont comme nous, ils ne sont pas en pierre. (Je rétorque « sauf l’Abbé Pierre », ce qui me vaut le droit d’être appelé Bigard par AKH, qui se marre).
FAF : Putain je sais pas. Une femme non… (rires). Christian Audigier pour la flambre ? Non je rigole. Je n’ai pas de personne en tête… Mais ta question est dure pour moi car je suis quelqu’un qui réfléchit. Ta question, je la transforme en gros problème là. Donc dans la peau de quelqu’un pendant 24h, je commence à me dire quelqu’un que je peux observer, où à qui je peux voler des secrets, pour après revenir dans ma peau à moi, et les utiliser… (AKH est mort de rire).
3 personnes avec qui diner :
AKH : T’es dur là ! Heu… moi je mangerais avec Sergio Leon, John Woo, et Martin Scorcese, trois réalisateurs. En plus John Woo est une cuisinier 5 étoiles tu savais ? Le jour où il arrête le cinéma il peut t’ouvrir un des meilleurs resto en Chine. C’est un super cuisinier John Woo. Il a un niveau incroyable, donc on est sûr de bien manger.
FAF : Moi je me mets des miroirs en face de moi (rires). Je suis très bien avec moi-même. Non, plus sérieusement, un Bob Marley, un super cuistot, un chef 4 étoiles qui nous fasse à bouffer, genre Joël Robuchon, un mec qui nous met bien. Avec Jésus (AKH le coupe « Je frappe haut, je mange avec Jésus » (rires)). Non mais ce serait cool, connaitre l’histoire de jésus (rires).
Voici le résultat d’une discussion d’une vingtaine de minutes avec ces deux légendes du hip-hop Français. Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de poser toutes les questions qui nous brûlaient les lèvres, les journalistes qui attendaient leur tour dans le couloir menaçaient déjà de nous assassiner pour avoir grappillé quelques minutes sur leur créneau. Néanmoins, rassurez-vous, quelque chose nous dit qu’on devrait les revoir sur le blog… Et pour info, leur date à Lille était une sérieuse boucherie, les deux artistes n’ont décidément rien perdus de leur superbe, comme l’attestent les magnifiques photos de Waxeb ci-dessous…





Trop classe sérieux merci !!!
[...] Interview AKHENATON & FAF LARAGE. [...]
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